Il y a des signes qui ne trompent pas. Mobilisés depuis plus d'un an et demi pour l'avenir du Grand conseil de la mutualité (GCM), syndicats et comités de soutien n'ont pas convoqué publiquement à la rescousse le tant attendu audit de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), rendu en juin et finalement mis en ligne par la Documentation française. Un rapport qui intervient dans un contexte d'urgence pour cette entreprise mutualiste qui emploie 1188 salariés (pour 856 équivalents temps plein) et gère un réseau de 55 "oeuvres de soin" (centres de santé, dentaires, optiques, une clinique...).
Placé en redressement judiciaire depuis novembre, avec un déficit de 5,2 millions d'euros en 2011 et environ 30 millions d'euros de dettes, le GCM a de nouveau rendez-vous jeudi matin au le tribunal de grande instance de Marseille pour une audience intermédiaire, avant la fin de la période d'observation début novembre. Le risque que soit prononcée une liquidation n'étant pas exclu.
Une pièce "essentielle" de l'offre de soins
Comme le souligne Patrick Morin, administrateur du GCM représentant la Mutuelle des chantiers navals de La Ciotat et membre d'un comité de soutien, le document "pointe que le réseau de santé du GCM apporte des réponses de proximité, notamment à Miramas, Port-Saint-Louis-du-Rhône, dans les 13e et 14e arrondissements de Marseille..." Si l'offre de santé du département est dense, davantage que les moyennes régionale et nationale, l'audit montre en effet tableaux à l'appui que "pour quatre centres de santé et cinq centres dentaires, c’est l’offre du GCM qui permet d’atteindre la densité moyenne nationale en médecine générale et dentaire. Encore celle-ci n’est elle-même pas atteinte dans plusieurs secteurs". Idem "pour les cinq spécialités les plus représentées" (ophtalmologie, cardiologie, dermatologie, ORL et gynéco) où "l’offre du GCM est également essentielle dans trois secteurs au moins ; elle contribue à cette offre dans 5 autres".
Autre point mis en avant par Patrick Morin, "l'Igas confirme que nous assurons bien des missions de service public", vu le profil des patients du GCM : "tous les centres accueillent une proportion de patients « vulnérables » globalement supérieure à celle de leur zone d’attractivité", note l'Igas, avec 28% d'affections de longue durée (ALD) - contre 16% en moyenne dans le département - 19% de plus de 70 ans (contre 11%) et 15% de bénéficiaires de la CMU complémentaire (contre 10,5%).
Ce qui inspire à Dominique Eddi, secrétaire du syndicat des médecins du GCM, "une réflexion générale : alors que l'Etat est aujourd'hui totalement absent de notre problème, que compte faire le ministère de ce rapport que Xavier Bertrand avait commandité ? La ministre Marisol Touraine ne bronche pas et l'ARS (agence régionale de santé, qui dépend du ministère), qui nous a reçus il y a quelques jours, en prend acte". L'Etat à qui la direction a notamment demandé de renoncer à 8 millions d'euros de créances fiscales et sociales. Même attente de la part de Patrick Morin : "Nous sommes dans une situation d'urgence. L'Etat y a subvenu pour les banques et l'automobile... Nous avons un problème spécifique, mais on ne nous donne pas le temps de le régler. C'est une décision politique dont le président de la République a la clé", estime-t-il.
Analyse contestée
Pourtant, on l'a dit, syndicats et comités de soutien n'ont pas brandi le rapport comme un satisfecit de la nécessité absolue de sauver le GCM. Certainement car le reste du document, qui comporte 17 recommandations, est pour l'essentiel loin de leurs positions. Exemple avec l'un des points durs du conflit avec la direction : la rémunération des généralistes. Face à "l’extrême dispersion de l’activité des médecins généralistes" ("nettement plus du simple au double"), et l'insuffisance du chiffre d'affaires dégagé, elle recommande d'"améliorer la productivité médicale et revoir les modalités de rémunération des médecins généralistes en la fondant, au moins partiellement, sur l’activité".
Cette recommandation d'améliorer l'activité, Dominique Eddi n'en pense "que du bien. Mais dans ce cas créons-en les conditions. Aujourd'hui des centres fonctionnent au ralenti avec des postes vacants, on n'a pas d'informatique digne de ce nom etc." Dans cette situation, il "reste à démontrer l'efficacité" d'une rémunération à l'activité pour atteindre cet objectif. D'autant qu'il conteste fermement l'analyse de l'Igas sur le travail des généralistes. Les variations d'activité ne sont pour lui que la conséquence des densités médicales variables des territoires : "vous soulevez un caillou à Aix, vous trouvez un médecin, ce n'est pas le cas autour de l'Etang de Berre." Même si on note tout de même, à l'intérieur de chaque centre, des variations importante de l'activité des médecins...
Mais au final "on colle au centimètre à la médecine générale libérale, mais toujours au-dessus", affirme-t-il. Ce que, concernant la supériorité du GCM, la consultation de la base C@rtoSanté de l'ARS confirme largement, sauf exception à Port-Saint-Louis, Miramas et Port-de-Bouc. Le médecin juge le "rapport pas équilibré, pas honnête" :
Quand on a expliqué ça pendant 4 heures à des inspecteurs qui ne sont pas nés de la dernière pluie, ou c'est de la mauvaise foi ou c'est commandité à des fins politiques. Je ne suis pas de nature complotiste, donc je n'irais pas plus loin, mais je m'interroge.
Que faire de la clinique de Bonneveine, faut-il réorganiser les spécialités, les gardes, quelle est la responsabilité de la direction ? La suite en page 2 en cliquant à droite.
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