• Imprimer
  • A+
  • A-

Société

Autour de l'Etang de Berre, les leçons encore non tirées d'AZF

Partagez cet article

C’est aujourd’hui encore la plus grave catastrophe industrielle depuis la Seconde Guerre Mondiale. Il y a dix ans jour pour jour, l’usine AZF explosait à Toulouse, faisant 31 morts et des milliers de blessés. Magnéto Lefigaro.fr :

Le risque industriel, sur les rives de l’Etang de Berre, on connaît aussi. Un rassemblement était organisé ce matin devant la raffinerie Total, un site où, le 9 novembre 1992, une explosion avait coûté la vie à 5 techniciens, endommageant plusieurs maisons aux alentours (archive Ina à 6′30″). Et qu’il y ait eu « plus de peur que de mal » comme lors du dégagement d’un nuage cet été à LyondellBasell, ou tout de même une « grosse frayeur » et des dégâts comme en janvier sur le site de la même compagnie, les riverains vivent toute l’année avec ce risque.

Après AZF une loi devait tirer les leçons en mettant sur pied des plans de préventions des risques technologiques (PPRT) dans tous les sites industriels sensibles (classés « Seveso à haut risque »). « On sait que le risque zéro n’existe pas et il n’est pas question de raser l’usine ou le village qui sont là depuis des dizaines d’années. Le but du jeu c’est de protéger le mieux possible : l’industriel en intra muros doit prendre toutes les mesures nécessaires pour que le risque soit moindre et à l’extérieur il faut protéger les bâtiments », explique Patrick Brunel, conseiller municipal PS qui suit ce dossier à Châteauneuf-les-Martigues, la commune dont dépend La Mède.

Problème : alors que les PPRT devraient d’ores et déjà être opérationnels, sur les 17 prévus dans les Bouches-du-Rhône, aucun n’a encore été approuvé, une série d’arrêtés préfectoraux ayant prolongé les délais. Repoussant d’autant les travaux de mise en sécurité et par là-même l’exposition à une catastrophe. Mais pour les élus locaux comme les militants associatifs mobilisés lors de la manifestation de ce matin pas question de signer les PPRT tels qu’ils leurs sont proposés.

Qui paiera l’addition ?

« Il faut que Total prenne ses responsabilités. C’est lui qui crée le problème, pas la municipalité et les habitants. Et encore, si nous avions face à nous une entreprise en déficit, mais ce n’est pas le cas », glisse Jacques Messeguer, adjoint au maire (PCF) de Châteauneuf-les-Martigues. Sur les pancartes, dans les discours, toujours la même idée : pas question de supporter la « triple peine » détaillée par France Nature Environnement (« ils supportent au quotidien toutes les nuisances d’un site industriel dangereux. Ils vivent avec la menace d’une catastrophe industrielle. Ils doivent désormais payer pour se protéger du risque. »). Surtout lorsque l’Etat diminue ses aides.

Car à côté des investissements de réduction du risque de l’industriel, ce sont les collectivités et les particuliers qui sont appelés à mettre la main à la poche pour des travaux de confinement, d’équipement de leur habitation en vitre sécurisée etc. La facture pouvant grimper à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Coordinateur du collectif PPRT13, Sylvestre Puech n’oublie pas non plus « les activités, commerçants, petites entreprises, qui n’ont pas les moyens de payer ». Les financements, « c’est là où le bât blesse », confirme Patrick Brunel, mais dans l’état actuel des choses « on ne peut pas obliger Total à payer, surtout qu’il y a toujours la possibilité d’une menace de fermeture, d’autant plus que la logique voudrait qu’il y ait une raffinerie de trop sur l’Etang de Berre… »

Changer la loi

Conclusion de l’élu : « on ne peut pas dire « non au PPRT » (comme le clamaient certaines banderoles ce matin, ndlr) car c’est la loi. Mais il faut les réaliser dans les meilleures conditions. Ou alors il faut changer la loi… » Une stratégie qui est désormais poursuivie par le collectif PPRT13. « Les PPRT tels qu’ils ont été votés ne fonctionnent pas : on arrête les frais, on se remet autour de la table et on travaille à une nouvelle loi », avance Thierry Del Baldo du collectif « La Mède demain ».

Pour sortir du blocage, il formule cinq demandes. « Enlever de la loi la condition d’ »économiquement acceptable » qui permet à Total de dire qu’il y a une solution technique mais qu’elle coûte trop cher ;  supprimer la participation financière des riverains ; faire en sorte que les CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, instances représentatives du personnel, ndlr) soient parties prenantes, renforcer les moyens de la Dreal (service régional du ministère, ndlr) et mettre en place une taxe en fonction du chiffre d’affaires qui alimenterait une cagnotte servant à effectuer les travaux extérieurs aux sites » (comme c’est le cas en Belgique).

« Rapport de force »

Avec en ligne de mire les sénatoriales de dimanche, qui vont renouveler un tiers de la Haute Assemblée (mais pas dans la région), et surtout les législatives de 2012, les militants veulent croire à un possible revirement. Notamment car, remarque Sylvestre Puech, de nombreux parlementaires également élus locaux se sont depuis rendus compte que leur collectivité allait devoir payer. « C’est un rapport de force et c’est pour ça qu’on est là aujourd’hui », résume Richard De Boom, référent environnement pour la région à l’UFC Que Choisir.

Qui glisse cependant un chiffre qui aurait dû suffire à lui seul à convaincre tout le monde : « AZF a coûté 2 milliards d’euros (en indemnisations, ndlr). Il vaut mieux réduire les risques avant l’accident ». Sauf lorsqu’on mise sur les probabilités, et une bonne assurance qui remboursera les victimes…

Un lien A noter dans vos tablettes : réunion publique le 28 septembre à 18h30 à l’Hôtel de ville de Martigues organisée par la mairie et le collectif PPRT13

Un lien Pour les riverains de l’usine Arkema à Saint-Menet, l’Etat alourdit la triple peine, sur Marsactu

Un lien Le site officiel d’information sur les PPRT de la région

Un lien Le site du collectif des PPRT 13

geo_mashup_map


Rue des Mouettes, 13220 Châteauneuf-les-Martigues, France

Par Julien VINZENT, le 21 septembre 2011

  • Imprimer
  • A+
  • A-

Ça vous rend...

Vos commentaires

3 commentaires
sur "Autour de l'Etang de Berre, les leçons encore non tirées d'AZF"

titoune, 21 septembre 2011 à 21:00 min

J'allais oublier:quand on a la retraite après avoir travaillé plus de trente ans dans ces contextes,on n'est pas tres sùr d'en profiter longtemps.Et c'est là avec du recul que
l'on fait le constat de toutes les saloperies qu'on a respiré à cause d'un manque de
responsabilité de la part des employeurs en ce qui concerne cette fameuse prévention!!
Et je sais de quoi je parle!! Qu'importe les dangers ,pourvu qu'on soit
rentable..

titoune, 21 septembre 2011 à 20:44 min

Pour juger du goût de l'oignon,il faut en avoir mangé Mr Marqueur!
Dans les années soixante,les mesures de sécurité n'avaient rien à voir avec celles
d'aujourd'hui..
Les accidents,les imprévus et quelques fois les morts,ont fait avancer la "Sécurité".
Mais pour ce faire ,il a fallu aussi que des syndicats,des ouvriers,mème en opposition
avec les employeurs qui les payaient,imposent des systèmes de sécurité plus efficaces!
Ce n'est pas cracher dans la soupe que de vouloir protèger sa vie.
Mème en 2011 une raffinerie reste une bombe. Malgrè tous les contrôles,personne ne
peut affirmer à ce jour ,qu'un pneu n'éclatera sur sa voiture.
Les gens ont la mémoire courte: en 1960,un appareil de la base d'Istres,devenu incontrolale par son pilote,s'est écrasé en ville à l'entrée nord de Fos s mer,ce dernier s'etait éjecté...
Dans les années soixante dix,dans la "crau",toujours près de la base,j'ai ,hélas,assisté au
piqué,et écrassement d'un "Fouga".Les deux pilotes sont morts! On ne peut pourtant pas dire que ces gens ne sont pas prudents? Et pourtant......

On ne prèvient jamais trop! De plus,les sociétés pétrolieres dégagent
suffisamment de bénéfices pour renforcer la Sécurité dans leurs unités.!

Marqueur, 21 septembre 2011 à 17:44 min

après avoir été payés 30 ou 40 ans pour avoir travaillé dans ces industries les voilà qu'ils crachent dans la soupe une fois la retraite venue...pas très honnête cette démarche

Déposer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.

Votre commentaire : *

Suivez-nous

Jour après jour, restez connectés à Marsactu !

Sondage

Le poste de ministre de Carlotti peut-elle l'aider à gagner aux législatives ?

Vos amis sur Facebook

On en a parlé... le 20 mai 2011

En images

Ça vous rend...