Surtout, éviter la guerre des tranchées. D’ici le 31 décembre, réforme des collectivités territoriales oblige, la carte de l’intercommunalité – c’est-à-dire les regroupements de communes dans des communautés urbaines (comme Marseille) ou d’agglomération (comme notamment Aix et Aubagne) – va opérer une mutation dans les Bouches-du-Rhône. Avec une question centrale, qui est sur toutes les lèvres depuis le vote de la loi : l’intégration des communes environnantes de Marseille dans une métropole, repoussoir pour nombre de maires et présidents d’agglo du département.
En poste depuis quelques mois seulement, mais ayant écumé les préfectures de la région, Hugues Parant le sait bien, rappelant « l’affirmation des identités et des particularismes » qui a fleuri, avec notamment le référendum d’Aubagne. Dans ses prescriptions présentées à la nouvelle commission départementale de coopération intercommunale (CDCI) – qui regroupe maires, agglos, conseils général et régional pour animer la concertation autour du dossier – il a donc avant tout tenu à « ne pas bloquer la discussion. Métropôle ou pôle métropolitain, c’est un faux débat. La question est de savoir comment prendre en compte l’exigence de services des citoyens ». Des attentes exprimées ces derniers mois par le club Top 20 et les conseils de développement, avec comme urgence absolue les transports.
Exit donc la métropole : « Le problème est celui du calendrier choisi par le législateur. On ne peut y parvenir si on a des années de discussion entre élus pour que cette gouvernance unique ne soit pas subie », a-t-il justifié. Et bonjour le pôle métropolitain, avec Marseille, Aix, Aubagne, Martigues, l’Etang de Berre, Salon et leurs satellites, l’Ouest du département, le long de la Vallée du Rhône étant traité à part : « cela permet, avec les intercommunalités existantes qui peuvent chacune choisir leur statut, de tenir compte du fait métropolitain en cheminant doucement, sinon vers l’intégration, du moins vers une très forte coopération sur les transports, l’offre culturelle, d’enseignement, l’implantation commerciale. »
Redistribution vers Marseille
De quoi réjouir notamment la maire d’Aix Maryse Joissains (UMP), qui a remercié le préfet d’avoir « entendu les manifestations des élus ». Renaud Muselier, représentant la mairie de Marseille et chantre du « Grand Marseille », s’est lui aussi rangé devant ce pragmatisme : « c’est une proposition apaisée et intelligente, qui évite les conflits. Aujourd’hui un grand pas en avant est fait qui créée les conditions du travail en commun sur la base d’une culture de projets en respectant les territoires ».
Un discours que son maire Jean-Claude Gaudin, grand absent du tour de table, aurait certainement eu du mal à endosser, lui qui ne rêve que « faire les poches » de ses voisins, comme le notent les mauvaises langues… Du côté du président de la communauté urbaine de Marseille Eugène Caselli (PS), on se montre prudent : « Si le pôle métropolitain est une coquille vide ou même à demi-vide et que le but de sa création est purement défensif, alors nous échouerons« .
En particulier, s’il y aura besoin de se mettre d’accord sur « l’organisation, les projets stratégiques partagés, les règles de gouvernance », il faudra avant tout régler la question des financements, »qui ne peuvent prendre pour seul critère de clé de répartition la population », estime Eugène Caselli, appelant à « ne pas ignorer les zones de pauvreté dans certains arrondissements à Marseille ». Jean-Claude Gaudin serait déjà plus partant.
Jean-Noël Guérini, président du conseil général et possible futur candidat socialiste à la mairie de Marseille aussi, qui a insisté sur « la solidarité financière en faveur de la communauté urbaine de Marseille ». Sur ce point, « qui sera au coeur des débats », Hugues Parant a bon espoir, notant que « beaucoup, y compris Maryse Joissains, se sont dits prêts à l’aborder sans tabou ». Les six présidents d’agglo auront l’occasion d’en reparler d’ici deux ou trois semaines au cours d’une réunion sous l’égide du préfet.
Fusion à l’Etang de Berre
A côté de ce chantier, la question du grand mercato des intercommunalités passerait presque pour réglée. Il faut dire que le préfet a fait le choix du quasi « statu quo, qui repose sur le choix du pôle métropolitain », et donc sur le succès des discussions qui vont avoir lieu d’ici fin décembre. Dans ses plans, de 9 intercommunalités, les Bouches-du-Rhône passeraient à 7. Pour cela, la communauté d’agglomération de Martigues fusionnerait avec le Syndicat d’agglomération nouvelle (San) Ouest Provence. Une idée déjà dans la tête des deux interco, même si le maire de Martigues Gaby Charroux et le président du San Bernard Granié ont tous deux refusé de « préjuger » de la position des autres maires.
Ca commence à se corser du côté des communes isolées ou qui présentent une « discontinuité territoriale ». Dans ce dernier cas, un seul spécimen : Cuges-les-Pins, qui appartient à l’agglo d’Aubagne alors qu’elle est bordée à l’Ouest et au Sud par Gémenos et Roquefort-la-Bédoule, toutes deux rattachées à Marseille Provence Métropole. Si Eugène Caselli « l’accueillerait avec plaisir », du côté d’Aubagne on ne saute pas au plafond et on rappelle habilement que la principale intéressée n’a pas encore fait connaître sa position, qu’elle a jusqu’au mois de juillet pour transmettre à la CDCI.
Au mercato des communes isolées, Greasque et Gardanne rejoindraient Aix. Si la première est OK, dixit Maryse Joissains, le maire communiste de Gardanne Roger Meï ne l’entend pas de cette oreille, estimant que l’on peut très bien coopérer tout en gardant son indépendance. Pour les Saintes-Marie-de-la-Mer, le choix semble évident : Arles. Quant à Mollégès, Orgon et Plan d’Orgon, elles viendraient renforcer la communauté de communes Rhône-Alpilles-Durance, qui prendrait un nouveau nom.
Grande agglo de l’Ouest ou balance Arles/Avignon
C’est cet autre changement majeur qui passe le moins. Le préfet a expliqué son souhait d’avoir un point qui fasse « l’équilibre entre les deux agglomérations d’Arles et d’Avignon, qui deviennent de plus en plus importante ». Et Saint-Remy-de-Provence servirait à donner une masse critique à cette nouvelle agglo du nord. Saint-Rémy qui appartient à la communauté de communes de la Vallée des Baux et des Alpilles, vouée à la disparition sur la carte préfectorale, ses autres membres, mis à part Eygalières, rejoignant toutes la communauté d’agglomération d’Arles.
Maire de Saint-Rémy, Hervé Chérubini (PS) ne veut pas en entendre parler, penchant plutôt vers le Sud. « Créer un pôle autour de Châteaurenard cela n’a pas de sens au niveau de la géographie et même du point de vue économique. Je regrette cette approche partielle qui divise les communes plus qu’elle ne les rapproche », appuie le maire d’Arles Hervé Schiavetti (PC), qui plaide pour « une grande communauté d’agglomération de l’ouest des Bouches-du-Rhône ».
Raisons électoralistes
Le préfet a bien tenté d’argumenter sur l’existence au nord « d’une agriculture beaucoup plus intensive, organisée autour de cités de marchés, avec une culture commune plutôt provençale et tournée vers la Durance quand celle d’Arles est rhodanienne ». Certes, a convenu Michel Vauzelle, président du conseil régional et député d’Arles, mais ces « différences sont exagérées ».
« Cette méthode, que l’on pourrait croire technocratique, est en fait politicienne », a-t-il ajouté. Une allusion à l’implantation locale du député UMP Bernard Reynès, maire de Chateaurenard, qu’a reprise Hervé Schiavetti, pour qui « cet espace réservé » au nord du département cache « des raisons électoralistes ». 3 mois de réflexion pour les communes et 4 mois de travaux de la CDCI ne seront pas de trop…
Marseille, Aix et Aubagne : trois présidents pour un pôle métropolitain, sur Marsactu
Quand Reynès joue l’Arlésienne, billet annonciateur de Rimbus
Le dossier de presse de la préfecture
La carte actuelle de l’intercommunalité dans le département, sur le site du ministère de l’Intérieur dédié à cette question, où l’on trouve notamment un glossaire
Le tableau des regroupements de communes du département avec leurs compétences
Vos commentaires
15 commentaires
sur "La future carte des Bouches-du-Rhône vue par le préfet"
ericmazargues, 30 avril 2011 à 19:27 min
Ni fait ni à faire, comme souvent dans cette région...
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toto22, 26 avril 2011 à 18:35 min
Le chemin pour être reconnu appartenir à la région Axoise a été long pour les Gréasqueens. Bien que la grande majorité de ce village ont fait leurs etudes secondaires et universitaires à Aix et que la proximité d'Aix justifierait le rattachement à cette communauté , sous pretexte d'un decoupage cantonal et departemental datant de Napoleon on les a toujours expedies sur Aubagne ou Marseille pour toutes les demarches administratives. Aussi je ne cache pas ma joie à cette nouvelle en pensant que ce n'est qu'un début. (et tanpis si ca fait les affaires politiques de certains et tant mieux pour les GREasquéen.)
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liseron duveteux, 23 avril 2011 à 16:14 min
Merci Chris de nous rappeller,qu'en plus du mille-feuilles administratif classique,existe ,le mille- feuilles moins connu,d'associations,et de syndicats mixtes divers et variés,receleurs d'une multitude d'emplois clientélistes,et grands bouffeurs de subventions.
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charlexx, 23 avril 2011 à 16:00 min
Un préfet qui pond des propositions pareilles : Marseille coupé d'Aubagne, des Pennes Mirabeau, de Vitrolles Marignane ou Fos n'est pas digne d'être secrétaire du sous-préfet d'Istres, un dégun qui ne sert à rien si ce n'est à faire joli sur la photo aque la casquette à visière devant les monuments aux morts
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chris, 23 avril 2011 à 13:20 min
J'ajoute que je n'ai rien contre le pôle métropolitain mais à condition que les différents syndicats mixtes qui le composent bénéficient d'un transfert de ressources financières à la hauteur des enjeux. Ce qui me laisse sceptique.
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chris, 23 avril 2011 à 13:18 min
Je regrette le manque d'ambition du Préfet, il avait la possibilité d'imposer un projet s'il ne parvenait pas à se mettre plus des 2/3 de la commission départementale contre lui, ça laissé une marge de manœuvre importante pour mettre en place des intercommunalités plus cohérentes que le schéma proposé, je pense notamment à une fusion du Pays d'Aubagne et de l'Etoile avec MPM, ou encore y transférer la partie du sud du Pays d'Aix (Vitrolles, Plan de campagne ...).
La seule bonne mesure est la proposition de ne créer une seule EPCI Ouest Provence. Insuffisant.
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liseron duveteux, 23 avril 2011 à 07:01 min
JL41,
Les 19000 emplois dont vous parlez,sont-ils des employés de la Cum,ou des emplois dans le périmètre de cette CUM.
Pour votre très grande connaissance du sujet...
Vous ne seriez pas parent,avec le prefet?
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JL41, 23 avril 2011 à 08:33 min
41 300 emplois de toute nature (des services portuaires à l'industrie liée aux trafics maritimes) étaient liés à l'activité portuaire dans les Bouches-du-Rhône avant la crise, dont 19 000 au sein de la CUM. Ces chiffres étaient disponibles sur le site du GPMM mais je vois qu'ils n'y sont plus.
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liseron duveteux, 23 avril 2011 à 06:35 min
La décentralisation,recentralisée,par les centralisateurs...!
Parant,c'est les yeux de l'Etat,qui regarde vers les politiques,qui ont le même regard,car pour la plupart sont issus de cet Etat,vers un peuple complètement énucléé.
Pour les chanceux,qui auraient gardés un peu de clairvoyance,ils sont atteints d'un strabisme divergent sévère.
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JL41, 22 avril 2011 à 21:44 min
Le regroupement des communautés d’agglo de Ouest Provence et du Pays de Martigues va dans le sens d’une meilleure cohérence économique. Ces deux communautés sont très dépendantes de l’activité portuaire, puisque 30 % et 24 % respectivement de leurs emplois d’entreprises, dépendent de l’activité portuaire. Ces emplois sont ceux de la Zip de Fos, du raffinage et de la pétrochimie, pour beaucoup à Martigues Lavera, donc aussi majoritairement industriels (39 % des emplois industriels du département liés au port). Les emplois tertiaires et directionnels sont quant à eux restés à Marseille. Regrouper ces deux intercommunalités, c’est regrouper les bassins Ouest du port et les mettre en contiguïté avec la communauté urbaine de Marseille. Il sera plus facile pour ces deux territoires administratifs de se coordonner avec le GPMM dans le cadre d’une politique.
Ces deux ensembles représentaient avant la crise 11 200 emplois liés au port (27 % de l’ensemble des emplois du département liés au port) pour l’EPCI Ouest Etang-de-Berre, et 19 000 emplois (39 %) pour la CUM, mais essentiellement à Marseille. Les emplois logistiques liés au port sont surtout marseillais et plus répartis dans le département. Le nouvel EPCI en regroupera 18 %, tandis que la CUM en recèle 49 %. La taxe professionnelle (maintenant compensée par l’Etat) représentée par les emplois liés au port, était redistribuée pour près de la moitié de son montant aux composantes du futur EPCI (69 millions d’euros) et seulement pour 18 % à la CUM (25 millions d’euros). Celle-ci était surtout liée à l’industrie et à ses investissements. A noter qu’il y a maintenant pas mal d’emplois logistiques à l’Ouest, mais sauf ceux de Distriport, ils sont pour le moment peu impliqués dans l’activité portuaire.
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JL41, 22 avril 2011 à 22:35 min
C'est 46 % qu'il faut lire pour les 19 000 emplois au sein de la CUM et non 39 %.
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Tresorier, 22 avril 2011 à 20:41 min
Echec total sur toute la ligne !!!!
M. Parant aurait remis une feuille blanche, il aurait ainsi éviter de gaspiller des feuilles blanches.
Une métropole qui n'en est pas une, sans reelles compétences, sans périmètre défini, sans pouvoir sur les communes membres, un néan total, comme les réflxions de M. Parant.
On est pas prêt d'avance avec des gens et des raisonnements pareils !!! Et vive l'esprit de clocher et le clientélisme !!!
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tomtom, 22 avril 2011 à 19:11 min
comment ne pas comprendre qu'aujourd'hui à l'échelle européenne la métropole marseillaise est la seule solution de Fos à Aubagne, Toulon...et qu'Arles, Nimes , et Avignon peut être aussi un autre pôle de construction.
un peu de courage pour l' Etat et les collectivités... il est vrai que dans le 13 le courage n'est pas obligatoirement de mise...
Par contre il vaut mieux essayer de laisser le cynisme de côté....
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céhère, 22 avril 2011 à 18:38 min
QUe des villes comme Vitrolles, des Pennes Mirabeau (Plan de campagne) soient dans la communauté du Pays d'Aix est une aberration. Même Aubagne devrait faire partie de l'agglo Marseillaise, ce serait le cas dans une région civilisée, enfin bon le poids de l'histoire, les égoïsmes locaux, etc.
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céhère, 22 avril 2011 à 18:38 min
QUe des villes comme Vitrolles, des Pennes Mirabeau (Plan de campagne) soient dans la communauté du Pays d'Aix est une aberration. Même Aubagne devrait faire partie de l'agglo Marseillaise, ce serait le c, enfin bon le poids de l'histoire, les égoïsmes locaux, etc.
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