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Culture / 2013

Amour noir : Courteline écorche la vie de couple

Crédit: Antoine Benoit

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Les petites crasses quotidiennes et ordinaires de trois couples où l’amour n’est qu’un concept oublié – si tant est qu’il ait un jour existé – voilà le thème de la pièce de Courteline, Amour noir. Mis en scène au théâtre de la Criée par son ex-directeur Jean-Louis Benoit, le spectacle est une réussite.

Trois actes, trois scènes de ménage aussi pessimistes que drôles : La peur des coups, La paix chez soi, Les Boulingrin.  Et puisque Courteline l’avait décidé ainsi, il n’y a pas une once de bons sentiments dans sa pièce : « J’ai compris, écrivait-il, qu’il fallait enfin oser faire des pièces sans amour ».

Les personnages, éminemment caricaturaux, dépassent le seuil du tolérable dans le degré de mesquinerie, voire de perfidie. Ils en sont, du coup, aussi savoureux qu’hilarants. Le mari lâche et sa femme séductrice et convoitée, l’écrivain raté qui rationne sa Moitié à chaque écart de langage ou haussement de ton, les Boulingrin réunis par une haine destructrice et meurtrière ; les propos grinçants, les sarcasmes et les débordements de mauvaise foi respectifs marinent dans un cocktail théâtral positivement délectable.


Crédit Antoine Benoit

On dédramatise les petits problèmes, on rit un peu de nous, peut-être, on rit même beaucoup, à certains moments. Le metteur en scène Jean-Louis Benoit décrit d’ailleurs ainsi le spectacle : «Personnages teigneux, sans amour véritable. Toujours proche de la vie ordinaire, de « notre » propre vie, à la différence des vaudevilles de Feydeau dans lesquels nous ne nous reconnaissions jamais. On se reconnaît chez Courteline. Le miroir qu’il nous tend est peu déformant ».

Reflet ou non de la bassesse de nos âmes, la pièce fonctionne également grâce à un jeu d’acteurs – Thomas Blanchard, Ninon Brétécher, Lolita Chammah et Sébastien Thiéry -  ni plus ni moins tordant.

Finalement, Amour noir est bien une farce, tout à la fois grotesque et subtile : grotesque, par la médiocrité des personnages, risibles à force d’être mauvais. Subtile, par la richesse des dialogues, par les répliques cinglantes qui fusent à feu nourri, réduisant en bouillie le peu de respect et de dignité des couples représentés.


Crédit: Antoine Benoit

Un lien La pièce de Courteline est à voir au théâtre de la Criée jusqu’au 28 janvier. Il reste des places…Représentations le mardi 24 et mercredi 25 janvier à 19h, le jeudi 26, vendredi 27 et samedi 28 janvier à 20h.

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Par Elodie CREZE, le 23 janvier 2012

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