
Tous au restaurant… Du 7 au 13 juin, Alain Ducasse nous propose d’y aller tous pour pas cher. Enfin, moins cher. « Une semaine pour découvrir les plus belles tables de France. 20,10€ (référence à 2010…) au déjeuner, 35€ maximum au dîner, c’est le moment d’en profiter ». Rien à redire sur la formule de communication d’un grand chef qui a tout compris du business gastronomique. Un peu plus par contre sur l’initiative. Si quelques 800 adresses de son réseau hexagonal filent droit – 93 restau pour la région PACA – les gastro se font rares: l’Epuisette, Le Moment, le saule Pleureur (Monteux), la Table de Sébastien (Istres), le Passage (Aix) pour Marseille et ses alentours. Par contre, sont inscrits à l’opération tous les Hippo de Marseille et faubourgs, Axis (Formule déjeuner à 19€), le Victor Café (Formule à 16€) qui effectuent donc la prouesse de nous faire manger plus cher que d’habitude….
Et puis il ne faut pas rêver non plus. Vous n’irez pas déjeuner à 20€ dans les palaces ducassiens comme le Louis XV à Monaco (1er menu dej: 140€), la Trattoria à Monaco, le Plazza Athénée ou le Jules Verne dans la Tour Eiffel. Ces établissements ne figurent pas dans la liste, au contraire des plus abordables Spoon, Bastide de Moustiers ou Abbaye de la Celle. Peut être, ne préfèrent-ils pas, comme l’affirme spontanément ce chef étoilé de la région, « se taper la populasse à 20€ entre plat et dessert » !
L’opération vise à « donner envie d’explorer de nouveaux restaurants » nous dit-on chez Ducasse. On voudrait bien ne pas voir là qu’une simple opé commerciale, oublier, comme l’affirme Que choisir dans son prochain numéro, que malgré les promesses de la profession, 6 restaurants sur 10 n’ont rien fait depuis la baisse de la TVA à 5,5% et 8 sur 10 ont juste oublié d’en faire profiter leur clientèle … On voudrait croire que l’obligation de se conformer à une charte garantissant «qu’il faut être généreux, ne pas faire une opération soldée » sera respectée dans l’assiette. « Rendre la gastronomie plus proche de tous par une vraie proposition et non des prix bradés, convaincre que le restaurant trouve sa place dans le budget loisir », a dit papa Ducasse.
Officiellement, voilà donc l’occasion en effet de découvrir de nouvelles adresses ou, pour une fois, de manger dehors, amener les 5 minots au restau, s’attabler avec 10 potes, bref une belle opportunité populaire. Quelques chefs jouent vraiment le jeu. « Ca va booster mes équipes », se réjouit le restaurant Benoit aux Baux de Provence « montrer qu’on peut arriver à bien manger même avec du poisson d’élevage plutôt que du chalut ».
Allez, dernier écueil de ces bonnes intentions: Tous au restaurant empiète sur l’opération moins glamour du 10 juin, « Chefs solidaires » qui demande aux restaurants participants de reverser 10% de la recette de la soirée à Sidaction. 150 restaurateurs ont répondu présents. Plutôt que de lier les deux événements ou faire profiter de sa force médiatique ne serait-ce que le temps d’une conférence de presse, Alain Ducasse choisit de faire «une opération festive, sans plus d’engagement que ça. Mais on ne se substitue à rien ». Edifiant de voir combien ces chefs qui parlent à longueur de médias d’amour et de générosité sont prêts à militer autrement que pour leur chiffre d’affaires. Pourtant, c’est justement quand la gastronomie est la plus engagée qu’elle est la meilleure.
Cécile Cau | www.sofoodsogood.com














